Blandine Kriegel Philosophe - Ecrivain - Professeur des Universités
Blandine Kriegel             Philosophe - Ecrivain - Professeur des Universités

Biographie

 

Présentation générale.

 

Née le 1er décembre 1943, à Neuilly sur Seine*1. Blandine Kriegel, philosophe, écrivain, Professeur des Universités, après ses études(1), est devenue chercheur (CNRS, Laboratoire du Collège de France), puis Professeur des Universités (2) (3), et elle est maintenant Professeur émérite.

 

Blandine Kriegel appartient à la génération formée dans les années soixante à la double école de l'épistémologie et du marxisme althussérien. Elle a été l’élève de George Canguilhem qui a dirigé son diplôme d’études supérieures, (Le mécanisme dans la théorie politique de Hobbes), puis de Michel Foucault qui, après son agrégation de philosophie, dirige sa thèse de doctorat d’Etat, (thèse qu’elle soutiendra après la mort de ce dernier avec Bernard Bourgeois). Auprès de Foucault, elle débute sa carrière universitaire dans son laboratoire du Collège de France dont elle est la seule chercheur en titre*2. Là, elle ne tarde pas à rompre avec le marxisme en s’orientant vers la philosophie politique et la redécouverte du droit, ce qui lui vaut l’amitié de Michel Villey qui la fait entrer à la Société Française d’Histoire du Droit, avant d’être cooptée après la publication de son premier livre à l’Institut International de philosophie politique.

 

Dans son premier essai, L'Etat et les esclaves, (Paris, 1979, 6ème édition, Paris, Payot, 2003, publié sous le nom de Blandine Barret-Kriegel, comme tous ces ouvrages jusqu'à se thèse) elle redécouvre l'Etat de droit promis à un succès international. Puis, sa recherche aboutit avec la publication de sa thèse, Les historiens et la monarchie, (Paris, P.U.F., 1988, 4 vol), récompensée d’un prix de l’Institut, à une reformulation complète des origines de l'histoire savante moderne. Loin de prendre sa source dans les Lumières du XVIIIème siècle qui l'aurait plutôt atténuée, l'histoire savante s’est organisée un siècle plus tôt, dans « les grands ateliers de l’histoire classique » au gré des besoins d’un Etat de droit en formation à l’intérieur même de la monarchie. Ses conclusions s’écartent notablement de celles de Krzysztof Pomian, l’historien qui soutenait la thèse chère à Porchnev, selon laquelle l’Etat classique n’est qu’un Etat féodal seigneurial et les assertions de Marcel Gauchet qui, sur ce point d’accord avec Marx, assignait la naissance de l’histoire savante moderne à la présence des « dynamiques » post-révolutionnaires que l’on trouve chez les historiens de la lutte des classes (Quinet, Mignet et d’autres).

 

Ayant établi l’équivalence dans l’histoire de la pensée politique entre Etat de droit et République (l’Etat de droit n’est rien d’autre que l’Etat républicain), Blandine Kriegel a poursuivi ses recherches en montrant que les deux concepts république et démocratie ne sont pas sur le même plan (la République décrit un régime de lien civil ou social, son opposé est l’empire ; la démocratie ressortit à un type de gouvernement et se distingue de la monarchie et de l’aristocratie). Elle s’intéresse dès lors à la généalogie de la république et à la démocratisation de la république (dansL’Etat et la démocratie, Paris, La documentation française, 1986, Les Chemins de l'Etat, Paris, Calmann-Lévy, 1986, la Politique de la raison, Les Chemins de l'Etat 2, Paris, Payot, 1994, Propos sur la Démocratie, Les Chemins de l'Etat 3, Paris, Descartes et Cie, 1994 ; Cours de philosophie politique, Paris, Livre de poche, 1997. Ses études ont porté notamment sur la réforme de la justice (voir Réflexions sur la justice, Paris, Plon, 2001) et la réforme de l’Etat administratif, notamment face au drame de santé publique du sang contaminé (Le sang, la justice, la politique, Paris, Plon, 1999).Malgré de nombreuses interventions en prise avec l’actualité (participation à des commissions (notamment sur la justice), l’essentiel de ses recommandations est restée, selon elle, lettre morte.

 

Dans son investigation de philosophie politique, Blandine Kriegel dont les publications et l’enseignement se sont focalisés d’abord sur la pensée politique moderne (Bodin, Hobbes, Spinoza, Locke), a examiné plus particulièrement trois de ses fondamentaux. D’abord la doctrine de la souveraineté, telle que Bodin l’avait élaborée en retravaillant sur la notion de merum imperium, pour former le concept d’un Etat républicain (1979-1984-1986, repris dans La défaite de l’érudition,). Puis, l’importance de la philosophie de la loi naturelle, dans l’Ecole du droit de la nature et des gens, et spécifiquement dans l’élaboration de la doctrine des droits de l’homme (Vitoria, Las Casas, Hobbes, Spinoza, Locke), qui ne relève nullement de la philosophie moderne du sujet et de la volonté (voir Les droits de l’homme et le droit naturel, Paris, PUF, 1986, réédition, 1988), la relégation du droit romain impérial par le Mos gallicus, l’Ecole de Bourges qui met fin à la langue politique commune de l’Europe médiévale pour ouvrir l’Ecole de droit de la nature et de gens (1979-1986, repris dans La défaite de l’érudition).

 

Comme elle l’explique dans Querelles françaises (Paris, Grasset, 2008), sa trajectoire l’a conduite à une redécouverte de la philosophie politique classique, bien différente de celle de Léo Strauss ou de Hannah Arendt, qui se sont engagés dans un retour aux Anciens, quand Blandine Kriegel opte résolument pour les Modernes. Si elle s’intéresse également à la théologie (l’Ecole française de Spiritualité, le jansénisme (dans sa thèse), le protestantisme (La République et le Prince Moderne) et ne cache pas son admiration pour le judaïsme– dans lequel elle trouve l’une des sources fondamentales de la pensée moderne – L’Etat et les esclaves et de nombreux articles – c’est qu’elle voit dans la théologie de la Renaissance et de l’Age classique non, une alternative à la modernité, mais l’une des sources de cette dernière. De même, on trouvera dans ses travaux une imprégnation jamais démentie de son intérêt pour la littérature du XIXème siècle et du XXe siècle, et pour l'art de l’Age classique (Vermeer, Poussin, David, la musique baroque et classique (Mozart)).

 

Cependant, sa philosophie heurte perpendiculairement les avenues principales et le main stream de la philosophie universitaire dominée par la philosophie allemande post-kantienne. Après sa mise en cause du Romantisme politique (L’Etat et les esclaves, 1979), Blandine Kriegel entreprend une critique radicale de la philosophie de l’idéalisme allemand, de Fichte à Heidegger, qu’elle a été conduite à enseigner pendant près de cinq année de son professorat à l’Université de Lyon III. Il n'y a pas une mais bien deux voies de la modernité : la philosophie de la nature et la philosophie du sujet. Blandine Kriegel tente de développer à sa place, un autre courant issu de la philosophie moderne à partir de Spinoza mais également en réexhumant un courant français et anglais moderne (voir Philosophie de la République, Paris, Plon, 1998 et Querelles Françaises, Paris, Grasset, 2008).

 

En France, si ses travaux ont fait l’objet d’une réception indiscutable auprès de nombreux juristes et des politologues, sur le plan philosophique en revanche, Blandine Kriegel, ancrée résolument dans la tradition de l’Ecole Française d’Epistémologie (Canguilhem, Foucault), connait indiscutablement et revendique certainement, une solitude qu’elle assume volontiers, un prix à payer, selon elle, pour la recherche de la vérité. (D’autant qu’à l’opposé, ses ouvrages lui ont valu de nombreuses invitations des universités dans le monde entier (4)).

 

Parallèlement, Blandine Kriegel s’est engagée pendant ses années de formation, dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie et dans le mouvement de mai 1968. Elle n’en tire ni orgueil, ni indignité mais estime qu’à l’exception du combat pour le droit des femmes (elle s’engage pour la parité, voir ses articles), son parcours intellectuel propre qui se développe à partir de 1970, a été davantage marqué par les interrogations que lui a léguées la génération précédente sur l’échec de la Révolution et du communisme (voir Querelles françaises).

Elle a poursuivi de manière bénévole des missions publiques où elle s’est illustrée comme membre de plusieurs Commissions, dont notamment la Mission sur la modernisation de l’Etat mise en place par François Mitterrand, la Commission Truche de réflexion sur la justice et la Présidence du Haut Conseil à l’Intégration qu’elle a exercée, de 2002 à 2008. Elle a été appelée comme conseillère au cabinet du Président de la République pendant tout le quinquennat de Jacques Chirac (2002-2006)(4).

Membre de nombreuses sociétés savantes, Blandine Kriegel est régulièrement invitée comme conférencière dans les grandes universités du monde entier où son œuvre est discutée(7) (cf. compte-rendu de ses œuvres). Elle a mené également de front une activité d’édition (5).

 

Etudes(1)

Etudes secondaires aux Lycées Jules Ferry et Fénelon, Paris. Etudes supérieures à la Sorbonne (et non comme le prétend Wikipedia, à l’ENS Fontenay). Agrégation de Philosophie. Doctorat d’Etat es Lettres.

 

Carrière (2)

Professeur agrégé de philosophie de lycée, (1968-1978). Attachée puis Chargée de recherche au CNRS Paris, d’abord au Collège de France, Laboratoire de Michel Foucault, (1978-1988), puis à son décès, au Centre d’Analyse Comparée des systèmes politiques, Université de Paris I. Chargée d’enseignement à Paris I. Maitre-de-Conférence à L’Institut d’Etudes Politiques, (1983-1988), Professeur des Universités à l’Université de Lyon III, (1988-1993), puis à l’Université de Paris X, Nanterre, (1993-2002). Chargée de Mission auprès du Président à la Présidence de la république, (2002-2006). Professeur émérite des Universités, 2006.

 

Instituts et sociétés scientifiques(3)

A été ou est, Membre de la Société Française d’Histoire du Droit, de l’Institut International de Philosophie Politique, du Conseil scientifique de la Bibliothèque de France, du Collège universitaire Franco-russe, du Collège universitaire français de Sarajevo, de l’Association Française de Sciences Politiques, de l’Association Française de Philosophie Politique, de l’Association Européenne pour l’Histoire de l’Etat, de l’Association Française d’Histoire des Idées Politiques, de l’Association Française des Historiens Modernistes, de l’Association à la Mémoire d’Alphonse Dupront et de nombreuses sociétés savantes. (Voir les articles sur Kant, Fichte, dans La politique de la raison, 1994, et sur Hegel.

 

Enseignement et conférences à l’étranger(4)

Professeur-conférencière invitée notamment aux universités ou collèges universitaires, à Athènes (Grèce), Georgetown (Washington), Miami, Harvard, Princeton, New-York (NYU), Los Angeles (UCLA), (Etats-Unis), Ottawa, Toronto (Canada), Bogota (Colombie), Caracas (Venezuela), Porto Alegre (Brésil), Pise, Rome, Florence, Milan (Italie), Bad-Homburg, Francfort, Berlin, Munich, Ludwigsburg, (Allemagne), Moscou, Saint-Pétersbourg (Russie), Birmingham, Londres (Grande-Bretagne), Madrid (Espagne), Porto, Lisbonne (Portugal), Tokyo (Japon), Colombo (Sri Lanka), Madras (Inde), Brisbane (Australie), Pékin,(Chine), Abidjan (Côte d’Ivoire), Maastricht, Leyde, Utrecht, Amsterdam, (Hollande), Fribourg, Genève. Lausanne (Suisse), Bruxelles, Louvain, (Belgique), Reyjavik (Islande), Port-au-Prince (Haïti), Fez, Rabat (Maroc), Natanya (Israël)

 

Activités d’édition, de programmation et de publications(5)

Directrice de la collection, l’Ordre des choses, Calmann-Lévy, 1973.

Directrice des collections, Questions et Les chemins de l’histoire, aux PUF, 1981.

Directrice de la revue, Philosophie politique, aux PUF, 1986.

Productrice fondatrice des Vendredis de la philosophie, France Culture, 1999. 

 

Responsabilités publiques exercées à titre bénévole(6)

Chargée de la mission sur la modernisation de l’Etat par le Président de la République, François Mitterrand, 1985.

Membre de la Commission sur la Réforme du procès pénal, 1994.

Membre de la Commission sur la Refondation de la culture, 1996.

Membre de la Commission de Réflexion sur la justice, 1998 (Commission Truche.

Chargée de mission par M. Jack Lang, Ministre de l’Education nationale sur la mise en place des mastères professionnalisants, 2000.

Membre du Comité Consultatif National d’Ethique, 2002-2008

Chargée de mission par M. JJ. Aillagon, Ministre de la culture et de la communication, sur la violence à la télévision, 2004.

Présidente du Haut conseil à l’Intégration, 2002-2008.

 

Distinctions françaises

Prix de l’Institut pour sa thèse de Doctorat es Lettres, L’Histoire à l’âge classique, Paris, PUF, 1988, 4 vol. (1989).

Commandeur de l’Ordre National du Mérite, 2001.

Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur, 2008.

 

 

 

*1 d’un couple de résistants célèbres, Maurice Kriegel-Valrimont et Paulette Lesouëf de Brévillier. Son père, dirigeant national de la Résistance, membre de l’Etat-major militaire des FFI, organisateur de l’Insurrection parisienne, en 1944, a reçu avec le Général Leclerc, Jacques Chaban-Delmas et le Colonel Rol-Tanguy, la reddition du Général Von Choltitz, avant de devenir parlementaire à l’Assemblée Nationale. Promu Grand Croix dans l’ordre de la Légion d’Honneur, la république française lui a fait des funérailles officielles aux Invalides lors de son décès, en 2004. Il était issu d’une famille juive, originaire de la vallée du Rhin, qui s’était installé en Autriche-Hongrie avant de revenir à Strasbourg, au début du XXe siècle. La famille de sa mère, d’une lignée de Hobereaux normands et picards, s’est illustrée sous l’Ancien régime, (dans les guerres d’Italie), la Révolution et l’Empire. Cette double origine explique, selon Blandine Kriegel, l’intérêt qu’elle a porté à l’histoire de France et à la philosophie.

 

(1*). Mariée en premières noces avec l’Inspecteur Général, Philippe Barret dont elle a eu une fille, Lamiel, elle est aujourd’hui l’épouse de l’historien Alexandre Adler. Consciente de l’importance de la filiation et nouée à ses attaches familiales, Blandine Kriegel récuse cependant qu’on puisse (pas davantage pour une femme que pour un homme), y résumer une œuvre.

 

*2 Dans sa vie universitaire, Foucault n’a recruté que deux personnes, François Ewald et Blandine Kriegel.